samedi 18 septembre 2010

La porte de l'Ecole de Mouzay dans la Meuse

Cette porte est bien banale pour la plupart des personnes. C'est une photographie qui a été prise en août 2010.

Irène Benoit née Marchal est passée des milliers de fois sur ces dalles bien usées. Son époux également, qui devait mourir au tout début de la guerre.

La porte donnant accès au couloir des appartements de fonction des institutrices de l'école de Mouzay


Posted by Picasa

vendredi 3 septembre 2010

Irène BENOIT née MARCHAL

TANTE IRENE
Amélie Catherine Irène Marchal, épouse Benoit
(Née le 30 mars 1881 à Paris 7ème arrondissement 11 rue du Bac, décédée le 26 juin 1945 aux Touches de Périgny)


« Fais ce que tu dois faire, même si ce n’est rien de tonitruant ; respire, observe, médite »
Goethe



Une pause dans nos activités habituelles nous donne à chacun la possibilité de retourner vers notre source de liberté. Si nous pouvons disposer de cette liberté, c’est à nos proches que nous la devons. Alors, qu’ils en soient remerciés. Tante Irène, la sœur de Père, est à l’origine. Remonter aux origines, c’est un peu comme remonter le cours d’une rivière, aller vers l’amont. C’est plutôt difficile. Si nous nous laissons entraîner par le flot des informations de chaque jour, c’est facile. Mais pour autant va-t-on comprendre ce qui nous importe le plus ? Alors nous pouvons nous accrocher, assez solidement, à quelque chose de solide : une information datée, authentique, une photographie, une lettre. Et alors, c’est la grande découverte : Tiens, à cette époque, on voyait les choses comme cela !
Ecoutons Goethe qui nous dit de faire ce que nous estimons bon de faire, même si cela n’attire pas l’attention de façon éclatante. Prendre le temps et faire jouer notre fonction naturelle de respirer : et nous imaginons bien qu’il ne nous conseille pas de courir à perdre haleine, mais bien au contraire de prendre le temps de respirer. Observer, bien sûr, avec tous nos sens et prendre le temps de la réflexion, si le mot méditation nous fait un peu peur et si nous estimons qu’elle est réservée à des philosophes grecs ou à des religieux extrême orientaux.
Le petit village de Thonne les Prés dans la Meuse est tout à fait propice à l’arrêt d’une course, dont nous ne connaissons pas vraiment le sens mais que nous pratiquons tous sans exclusive, enfin ceux qui sont partis de Thonne les Prés pour aller dans la grande ville ou bien à l’étranger. La même réflexion peut être faite pour tout village, où qu’il soit.
Donc un temps où je ne faisais réellement rien de tonitruant, puisque c’était la lecture des pages de l’Est Républicain concernant le Nord Meusien, l’été 2005, le 11 août 2005 au matin, pour être précis, je lis un article relatif à une dame qui est née le 5 juillet 1902 à 4 heures du matin au village de Mouzay, à côté de Stenay. Il s’agit de madame Léa Schenini. Cette dame a une mémoire extraordinaire. Léa se souvient de sa maîtresse, Mademoiselle Marchal, « bonne juste et compétente ».
Dès que j’ai fini la lecture de l’article, coup de fil à Jacques, puis j’appelle le maire de Mouzay, qui est le fils de Madame Léa Schenini et nous avons un entretien le 13 août 2005, en présence de son fils, Daniel Schenini, enseignant à la retraite et maire du village et de sa bru.
Je me présente comme étant le neveu de mademoiselle Marchal, et donc le fils du frère d’Irène Marchal. Immédiatement, Madame Léa Schenini dit : « Le violoniste !»
« Votre père était toujours en habits civils ». Madame Schenini ne le connaissait pas en tant que militaire, à la différence du lieutenant Benoit.
Madame Léa Schenini : « J’étais une gamine ! ». Irène Marchal a été mon institutrice de 6 ans à 10 ans.
Ceci correspond à la période 1909 à 1913.
« Il y avait une rivalité entre Irène Marchal et sa directrice, mademoiselle Justine Boulanger ».
Melle Justine Boulanger était originaire de Dannevoux (Meuse). J’ai été à l’école avec l’institutrice Irène Marchal de 6 ans à 10 ans, juste après l’asile.
(l’asile est un local à côté de l’école, où allaient les enfants avant d’entrer à l’école, c’était une sorte de maternelle).
« Pour ne pas me laisser chez madame Benoit, elle m’avait pris un an à l’avance, alors que je n’avais aucun mérite particulier pour cela »
« Irène Marchal et sa directrice avaient été invitées à un bal officiel à Stenay. Il y avait des militaires en garnison à Stenay. Monsieur Benoit avait fait danser Mademoiselle Marchal et sa supérieure. Ils ne se connaissaient ni l’un ni l’autre. C’est à ce bal qu’ils se sont connus. C’est pour la jeune que le lieutenant Benoit s’est déclaré. A cette époque, nous ne savions rien sur la procréation, comme aujourd’hui. C’était encore le moment où les enfants venaient d’une rose ou d’un choux. Mademoiselle Irène Marchal, c’était une rude institutrice. Sa supérieure, Justine Boulanger, n’était pas du tout à son image.
A 11 ans pile, j’étais dans la classe de mademoiselle Boulanger. J’ allais chercher le bouillon pour Irène Marchal. Une patronne de café, madame Schmidt, faisait le bouillon. Et un charcutier faisait des plats tout préparés. Le bouillon était apporté tous les midis. Dans le bouillon, il y avait deux morceaux de viande, une carotte et une pomme de terre. Chacun avait un bon morceau de viande. Madame Benoit rajoutait du vermicelle pour elle et son époux. Irène Marchal logeait dans l’école, et quand ils se sont mariés, ils ont logés dans trois chambres au 1er étage de l’école. C’était l’école des filles, il y avait uniquement des filles. Monsieur Geoffroy était le directeur de l’école des garçons. Je ne sais pas où le lieutenant Benoit et son épouse sont partis. La directrice les a fait partir ».
(La tante Irène a été elle-même institutrice, puis directrice à l’école de Mont Saint-Martin, en Meurthe et Moselle jusqu'à sa retraite en 1936)
J’évoque les cartes postales, avec la signature de Louise.
« Louis Benoit était un bel homme, gentil. Il signait Louise, car cette fréquentation n’était pas du goût des parents (Louis Benoit était trop âgé…)
Je repartais à l’école quand ils m’ont dit au revoir. Ils m’ont embrassé tous les deux. J’étais terriblement triste de les voir partir. Irène Marchal disait tout le temps en classe : Quand vous ne comprenez pas, il faut me demander des explications »
Madame Schenini, épouse de Daniel Schenini précise : « Ma belle-mère sait énormément de choses et tout a été appris à l’école ».
« Et avant, j’étais à l’asile » rajoute Madame Schenini. (une explication sur la signification de l’asile a été rendue nécessaire. L’asile était une sorte de classe de maternelle avec 52 enfants pour un adulte responsable.
Le violoniste (le frère d’Irène Marchal, donc Père) venait me faire répéter. J’apprenais ce que je devais jouer et chanter à la distribution des prix.
L’asile, c’était la maternelle. Il y avait des gradins avec en haut les grands, en bas les petits. Dans l’asile, on y entrait à 4 ans jusqu’à 6 ans. La maîtresse avait 52 enfants.
Chez mademoiselle Irène Marchal, on y restait de 6 à 11 ans.
A cause de cette jalousie…La directrice était Justine Boulanger. Elle était de Dannevoux. A Mouzay, tous les gens se connaissaient.
« Vous pouvez être fier d’avoir eu une tante comme cela » ajoute madame Schenini.
J’apporte quelques précisions supplémentaires à Madame Léa Schenini sur la suite du parcours de Tante Irène, notamment l’exode aux Touches de Périgny (Charente Maritime) et son décès de maladie en 1945.
Madame Schenini reprend :
« Elle était très juste. Elle ne voulait pas être achetée avec du beurre ou du lait. La supérieure acceptait tout, du lait, une livre de beurre, des œufs…
On apportait des charbonnées (ensemble de charcuterie), un morceau de porc, une côtelette.
Au moment du nouvel an, on apportait des crottes en chocolat.
Une fois on a été visiter une scierie au port de Mouzay. Ils avaient un renard apprivoisé. Mademoiselle Irène nous a dit « Entrez ».
« On ne sortait pas comme cela »
Monsieur Benoit était au 18 ème chasseurs à pied de Stenay. Il allait de Stenay à Mouzay à pied. Ce n’est pas loin, dit madame Schenini, en ajoutant :
« J’allais à pied à Stenay tous les jours pour y travailler. On allait à pied »
Je pose cette question à Madame Schenini : « Comment expliquez vous votre longévité ? »
« Je n’ai pas fait d’excès . Nous buvions l’eau du puits. Nous mangions des tartines de saindoux»

La bru de madame Schenini précise :
« ma belle-mère habitait une ferme. Tout a été détruit et pillé lors de la deuxième guerre mondiale ».


Autres éléments d’information :
Monsieur Robert Briet habite Baalon et a fait des recherches généalogiques. Il est secrétaire de mairie et il a été instituteur.
Un ouvrage de géographie relatif au département de la Meuse a été édité en 1862 à la librairie Pierson de Verdun.
Mouzay est dans la vallée de la Meuse. Il n’y a pas de captage d’eau dans les collines, comme à Thonne les Prés. A Mouzay, on livrait le foin jusqu’à Verdun. Proche de Mouzay se trouve la forêt où chassait le bon roi Dagobert. Il y avait une maison habitée par un ermite, qui est aujourd’hui un tas de pierres.
Il y a deux châteaux, un château ancien Haut Charmois, et un château plus récent, fin du XIX ème siècle qui doit être habité par le fils de Monsieur Adrien Renaud, le brasseur belge de Virton, grand ami de Père, aujourd’hui décédé.
Le livre de géographie mentionne les indications suivantes pour Thonne les Prés :
Thonne les Prés (470 habitants)
Est situé dans une belle vallée sur la rive droite de la Thonne. On remarque dans ce village un ancien château et un viaduc assez élevé construit récemment pour le chemin de fer.
Le village de Villecloye compte 555 habitants.

Madame Léa Schenini s’est mariée en 1928, à l’âge de 26 ans. Elle a eu un seul fils, Daniel Schenini, qui a eu lui-même 3 fils, dont un est malheureusement décédé. Madame Schenini a 6 petits enfants et 2 arrière petits enfants. Il y a donc 5 générations qui coexistent, avec comme âge en 2005 : 103 ans, 79 ans, 55 ans et 52 ans, 33 ans avec la date anniversaire au 12 août, une date récente ! et un arrière petit-fils de 5 ans et un autre arrière petit-fils de 5 mois.
La meusienne aujourd’hui la plus âgée a 107 ans.
La fameuse photographie :
Dans la bibliothèque de Françoise, de la maison de la rue des Roses se trouve une carte postale, en fait une photographie de tante Irène. C’est une carte postale que tante Irène adresse à son époux, le lieutenant Benoit, en 1914, à Longuyon.
Elle a écrit aux 4 coins de la carte postale :
A toi
Louis


toute entière
Pour toujours

La photographie montre Tante Irène devant une porte double, sans doute la porte de son école à Mont devant Sassey.
Entre cette carte postale écrite par Louise (en fait Louis) en 1908 de Notre Dame de L' Epine et cette carte de 1914, il n’y a que 6 années, mais 6 années certainement d’un très grand bonheur.

Paris, le 20 février 2006
Jean Marchal

Nota : J’ai conservé l’ordre suivant lesquels madame Léa Schenini a évoqué ses souvenirs. Parfois, elle a exprimé deux fois la même idée, de façon un peu différente. Mon choix a été de rester le plus près possible de la conversation que nous avons eu et de la signification qu’elle en donnait et de ne pas remanier le texte.

Compléments :
La tante Irène a un dossier de l’Education Nationale consultable aux archives départementales de Bar le Duc sous la cote dossier TP 371.
On y trouve des lettres manuscrites de notre grand-père paternel intervenant auprès d’autorités politiques pour que sa fille soit mutée dans la Meuse, lorsqu’il a pris sa retraite pour invalidité de l’Administration des PTT. S’y trouvent également des courriers où elle demande sa mutation, bien évidemment sans évoquer le différend qui l’oppose à sa hiérarchique.
Il y a un excellent suivi de l’ensemble de sa carrière administrative. La Tante Irène prend sa retraite à 55 ans, c’est à dire en 1936.
Aux Touches de Périgny, elle tiendra bénévolement la fonction de secrétaire de mairie.
Le dossier Irène Benoit de l’Education Nationale permet de prendre la mesure du grand respect de la hiérarchie, au sein du personnel en charge de l’instruction publique. Les lettres manuscrites de Tante Irène ou de son père, Hilaire Marchal, sont des œuvres de calligraphie dépourvues de fautes d’orthographe.

Extrait d’acte de naissance :
L’an mil huit cent quatre vingt un, le premier avril, à deux heures et demi du soir acte de naissance de Catherine Amélie Irène Marchal, de sexe féminin, née le trente mars dernier à huit heures du matin au domicile de ses père et mère fille de Hilaire Irénée Marchal âgé de vingt six ans, commis des postes et de Catherine Marie Augustine Jacob âgée de vingt neuf ans, mariés domiciliés rue du Bac N°11.
Dressé par nous Joseph Henri Michelin adjoint au maire du septième arrondissement de Paris, Officier de l’Etat Civil sur la présentation de l’enfant à la déclaration faite par le père, en présence de Jean Grenoble, âgé de cinquante neuf ans, tailleur, demeurant quai Voltaire,N°17 et de Gustave Louis âgé de trente deux ans, chef de manœuvre à la Compagnie de l’Est, demeurant rue de la Chapelle N°95 témoins qui ont signé avec le déclarant et nous après lecture.
Mention complémentaire
389 Marchal 503
Décédée à Les Touches de Périgny Charente Maritime le vingt six juin mil neuf cent quarante cinq mention faite le dix sept août mil neuf cent quarante cinq
L’officier d’état-civil

Les parents d'Irène Marchal, photographie prise à Thonne les Prés







Tante Irène et son pèreHilaire Marchal