Préambule
Ce texte constitue un préambule nécessaire. Il est rédigé à une date précise et doit être lu comme une première version, susceptible d’évoluer ultérieurement. Il est daté du samedi 20 décembre 2025. Il est alors 11 heures et 15 minutes.
Nous sommes les quatre enfants légitimes du général Émile Eugène Marchal, né le 31 août 1886. Il est décédé brutalement le 31 mars 1966 à la gare de l’Est, à Paris, à l’intérieur même de la gare. Je suis aujourd’hui le dernier témoin vivant de ce qui a pu se produire au cours de cette journée, entre l’appartement familial du 47 boulevard de Grenelle et la gare de l’Est.
Je suis également témoin de ce qui s’est déroulé le 1er avril 1966 et dans les jours qui ont suivi, notamment de l’inhumation du général Marchal, qui s’est faite dans des conditions que l’on peut qualifier, avec le recul, d’inhumation à la sauvette. Notre mère, l’épouse du général Marchal, a par ailleurs pris la décision singulière de ne pas annoncer la mort de leur père à ses deux filles, Françoise et Catherine, nées le 21 août 1949.
À Paris, le général Marchal vivait dans un relatif isolement, dans son appartement du 47 boulevard de Grenelle, dans le 15ᵉ arrondissement. Les souvenirs que je conserve de son comportement couvrent principalement la période allant de 1960 à 1966, après la décision prise en 1959 de quitter le château des Knoll, à Balan, près de Sedan.
Ce déménagement avait été prévu et organisé par Père et Mère. Il avait nécessité l’acquisition de l’appartement du troisième étage, porte à droite en sortant de l’ascenseur — ascenseur qui ne fut installé que par la suite. Cet appartement était communément appelé l’appartement Martone, ou encore l’appartement du clown Martone. Il était mitoyen de l’appartement de Mémée, situé lui aussi au troisième étage, porte en face en sortant de l’ascenseur. L’appartement Martone avait un décor de bonbonnière. Après la mort de Mère, en 1991, certains meubles se sont dispersés, d’autres sont restés dans l’immeuble du 47 boulevard de Grenelle.
Les années 1965 et 1966 correspondent à une période de dégradation progressive de l’état de Père. Sa santé physique se fragilisait. La dernière photographie où il apparaît véritablement joyeux date de l’annonce officielle du mariage de Martine, fille d’Adrien Renaud, important brasseur de bière à Virton, avec le jeune Monsieur Stevigny. Mais surtout, son état moral se détériorait. Il ne s’agissait pas d’une perte de mémoire, mais d’un repli progressif sur lui-même. Père devenait de plus en plus silencieux, de plus en plus seul.
Pourtant, ses quatre enfants — Jacques, Catherine, Françoise et Jean — occupions régulièrement les trois petits appartements du 47 boulevard de Grenelle, y apportant une animation et un désordre qui contrastaient avec son retrait.
Jeudi 31 mars 1966 — Matinée
Reconstitution
Au réveil, il est certain que je me trouvais dans l’une des deux chambres de l’appartement du quatrième étage. Jacques, qui occupait habituellement la grande chambre, était déjà parti depuis la veille pour Thonne-les-Prés, afin d’y allumer la chaudière du chauffage central au charbon et de préparer la maison.
Le petit déjeuner se prenait dans la salle à manger de l’appartement Martone, au troisième étage. Il se composait de café au lait et de tartines de pain beurrées, que nous trempions dans le bol de café au lait. Ce rituel du matin est un souvenir précis et stable.
Père s’était réveillé comme à son habitude. Cependant, il manifestait une forme nette de réticence à l’idée de quitter Paris. Ce frein au départ était perceptible et s’inscrivait dans une période plus large où il semblait de moins en moins décidé à se déplacer. Il ne se rasait plus régulièrement et pouvait porter une barbe de plusieurs semaines. Il se lavait également moins fréquemment. Ces signes traduisaient une forme manifeste de laisser-aller.
Ce comportement faisait l’objet de remarques appuyées de la part de son épouse, notre mère, qui le houspillait à ce sujet. L’atmosphère domestique de cette matinée en portait clairement la trace.
Si vous le souhaitez, la suite pourra être rédigée dans
le même format, tranche horaire par tranche horaire,
jusqu’à la gare de l’Est, puis les heures qui suivent.
Ce
texte est désormais un socle.
2025-12-21 texte du préambule version 8 heures et 59 minutes
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire